« Je souffre émotionnellement et je voudrais juste que ça s’arrête. »

Tu t’es déjà dit ça ?

Peut-être après une rupture. Une déception. Un conflit familial. Une période financière compliquée. Un échec professionnel. Un deuil. Ou simplement une accumulation de choses qui, mises bout à bout, commencent à peser lourd.

Tu ressens de la tristesse, de la peur, de la colère, de l’inquiétude… et ton premier réflexe est de vouloir faire disparaître tout ça.

Alors tu essaies de relativiser.

De penser à autre chose.

De rester forte.

De te raisonner.

Parfois même, tu te reproches de ressentir autant.

Et si le problème n’était pas seulement l’émotion que tu ressens, mais aussi la lutte que tu mènes contre elle

Car il existe une différence essentielle entre ressentir une douleur émotionnelle et entrer dans une souffrance émotionnelle plus profonde.

La première fait partie de la vie. La seconde peut parfois être amplifiée par notre manière de réagir à ce que nous ressentons.

Et comprendre cette différence peut complètement changer ta façon de vivre tes émotions.

1. Souffrir émotionnellement ne signifie pas forcément que quelque chose ne va pas chez toi

Il y a une chose que nous avons parfois du mal à accepter : certaines expériences de la vie font mal.

Tout simplement.

Tu perds ton emploi ?

Il est compréhensible que tu sois inquiète pour ton avenir. Que tu te sentes rejetée. Que tu doutes momentanément de tes compétences ou que tu te demandes comment tu vas rebondir.

Tu traverses une séparation avec ton époux ou un divorce ?

Il est compréhensible de ressentir une profonde tristesse, de la colère, un sentiment d’abandon ou de trahison. Tu peux ressentir un vide immense et te questionner sur ton avenir affectif.

Tu vis des conflits avec ton mari, tes enfants ou certains membres de ta famille ?

Tu peux te sentir frustrée, incomprise, isolée ou rejetée.

Tu n’as pas atteint un objectif professionnel ou personnel qui comptait énormément pour toi ?

Tu peux être déçue et commencer à douter de tes capacités.

Tu perds un être cher ?

Le deuil peut être émotionnellement bouleversant. Tristesse, vide, colère, culpabilité… les émotions peuvent être nombreuses et intenses.

Et puis il y a les blessures plus anciennes.

Des traumatismes, des abus ou certaines expériences douloureuses du passé peuvent continuer à influencer tes relations, tes réactions et ton bien-être aujourd’hui.

Même un changement que tu as volontairement choisi peut être difficile.

Prenons une expatriation ou une hijra.

Tu peux être heureuse de ton choix et, en même temps, te sentir seule dans un pays où tu ne connais personne. Tu peux te demander si tu réussiras à trouver ta place dans cette nouvelle culture.

Ces émotions sont humaines.

Leur intensité et leur durée peuvent évidemment varier selon les personnes et les situations.

Mais ressentir une émotion douloureuse face à une expérience douloureuse n’est pas, en soi, quelque chose que tu dois immédiatement corriger.

Et c’est justement là que commence tout le travail de gestion émotionnelle.

2. Douleur émotionnelle et souffrance émotionnelle : ce n’est pas exactement la même chose

Imagine deux niveaux.

Le premier niveau correspond à la douleur émotionnelle provoquée par ce qui t’arrive.

Tu vis une séparation : tu es triste.

Tu rencontres des difficultés financières : tu es inquiète.

Quelqu’un te trahit : tu es en colère.

Tu échoues dans quelque chose qui comptait pour toi : tu es déçue.

Cette première douleur est directement liée à ton expérience.

Puis arrive parfois un deuxième niveau.

Tu es triste…

et tu t’en veux d’être triste.

Tu es inquiète…

et tu te reproches de ne pas réussir à relativiser.

Tu es en colère…

et tu te juges parce que tu penses que tu ne devrais pas ressentir cette colère.

À la douleur initiale vient alors s’ajouter une deuxième couche.

C’est souvent ici que la souffrance s’amplifie.

Tu ne dois plus seulement gérer ce qui t’est arrivé.

Tu dois aussi gérer le conflit intérieur que tu entretiens avec ce que tu ressens.

C’est un peu comme avoir une plaie ouverte qui n’a pas encore cicatrisé et commencer à appuyer dessus en lui reprochant de te faire mal.

Comme si tu n’avais pas déjà assez à gérer !

Et cette deuxième couche de souffrance est souvent alimentée par trois grands mécanismes : le déni, la fuite et l’auto-jugement.

3. Premier réflexe : « Ce n’est rien, ça va passer »

Tu viens de vivre une séparation douloureuse.

Mais tu te répètes :

« De toute façon, cet homme n’était pas fait pour moi. »

Quelqu’un t’a blessée ?

« Je m’en fiche. »

Tu as vécu une grosse déception ?

« Ce n’est rien. Ça va passer. »

Parfois, ces phrases traduisent un véritable recul.

Mais parfois, elles servent surtout à nier ce que tu ressens.

Parce que reconnaître :

« Oui, cette situation m’a profondément blessée »

peut te donner l’impression d’être faible, trop sensible ou de te complaire dans ton émotion.

Alors tu enfouis.

Tu mets sous le tapis.

Tu fais comme si.

Sauf que nier une émotion ne la fait pas nécessairement disparaître.

Imagine que tu te casses la jambe et que tu déclares :

« Franchement, ce n’est rien. C’est juste une petite égratignure. »

Ta jambe reste cassée.

Avec la douleur émotionnelle, c’est pareil.

Reconnaître que tu souffres ne signifie pas dramatiser.

Cela peut simplement signifier :

« Oui, je suis triste parce que cette relation comptait pour moi. »

« Oui, j’ai peur parce que je traverse une période d’incertitude. »

« Oui, cette parole m’a blessée. »

Tu ne fais que reconnaître ce qui existe déjà.

Et reconnaître une émotion est très différent de décider de rester prisonnière de cette émotion.

4. Deuxième réflexe : tout faire pour ne plus penser à ce que tu ressens

Deuxième stratégie : la distraction permanente.

Tu te sens mal ?

Tu ouvres Instagram.

Puis TikTok.

Puis tu retournes sur Instagram, parce qu’apparemment énormément de choses ont dû se passer durant les cinq dernières minutes.

On vous connaît…

Ou tu remplis un panier de shopping en ligne.

Tu manges sans avoir réellement faim.

Tu enchaînes les épisodes d’une série.

Tu travailles constamment.

Tu remplis chaque minute de ta journée pour ne surtout pas te retrouver seule avec tes pensées.

Évidemment, regarder une série, faire du shopping, manger quelque chose que tu aimes ou aller sur les réseaux sociaux n’est pas problématique en soi.

La vraie question est plutôt :

Pourquoi suis-je en train de faire cela maintenant ?

Est-ce que je me fais plaisir ?

Ou est-ce que j’essaie désespérément de ne pas ressentir quelque chose ?

Parce qu’il existe une différence entre se changer momentanément les idées et utiliser systématiquement la distraction pour fuir ses émotions.

Imagine encore une fois ta jambe cassée.

Tu prends un petit pansement et tu le poses sur la fracture.

Le pansement est peut-être très joli.

Il te distrait cinq minutes.

Mais il ne soigne pas la fracture.

La distraction peut fonctionner exactement de la même manière : elle peut soulager momentanément sans répondre au problème de fond.

Et quand elle devient ton seul moyen de gérer une émotion, tu n’apprends jamais réellement à faire avec ce qui se passe en toi.

5. Le piège le plus douloureux : te juger parce que tu vas mal

Il existe enfin un troisième mécanisme, probablement l’un des plus destructeurs : l’auto-jugement émotionnel.

Tu ne te contentes plus de ressentir une émotion.

Tu te reproches de la ressentir.

Imagine que tu traverses une période financière très compliquée et que tu ne saches pas comment payer ton prochain loyer.

Tu ressens de l’inquiétude.

Puis arrive cette pensée :

« Je ne devrais pas m’inquiéter autant. »

Et parfois, chez une femme musulmane, le jugement peut prendre une dimension spirituelle :

« Si j’avais suffisamment confiance en Allah, je ne serais pas aussi inquiète. »

Mais qui a dit que les deux étaient incompatibles ?

Tu peux avoir confiance en ton Créateur et ressentir de l’inquiétude parce que tu traverses une situation objectivement difficile.

Tu restes humaine.

Ta foi n’exige pas que tu deviennes émotionnellement insensible.

De la même manière, tu peux savoir qu’une séparation était nécessaire et ressentir malgré tout une profonde tristesse.

Tu peux savoir qu’un homme n’était pas bon pour toi et souffrir de la fin de la relation.

Tu peux être reconnaissante pour ce que tu possèdes et traverser une période difficile.

Tu peux avoir confiance en l’avenir et avoir peur aujourd’hui.

Deux réalités peuvent coexister.

Le problème commence lorsque ta spiritualité, tes valeurs ou tes exigences personnelles deviennent des arguments pour te maltraiter intérieurement.

Tu souffres déjà.

Et maintenant, tu t’accuses de souffrir.

C’est cette deuxième couche qui peut transformer une douleur émotionnelle compréhensible en une souffrance beaucoup plus lourde.

6. « Je souffre émotionnellement » : et si tu arrêtais d’abord de te battre contre toi-même ?

Quand une émotion fait mal, notre première question est souvent :

« Comment faire pour qu’elle disparaisse ? »

Mais ce n’est peut-être pas toujours la meilleure première question.

Essaie plutôt :

« Qu’est-ce que je suis en train de ressentir ? »

Puis :

« Pourquoi est-ce compréhensible que je ressente cela compte tenu de ce que je traverse ? »

Et enfin :

« De quoi ai-je besoin pour traverser cette émotion de manière saine ? »

Peut-être as-tu besoin de parler.

De pleurer.

De prendre du recul.

De poser une limite.

De demander du soutien.

De dormir.

De prendre une décision.

De consulter une professionnelle lorsque la souffrance devient trop importante ou persistante.

Ou simplement de t’accorder un peu de temps.

C’est cela, accueillir ses émotions.

Accueillir ne signifie pas s’installer dedans avec un plaid et décider d’y passer les quinze prochaines années.

Cela ne signifie pas non plus tout accepter, ne plus agir ou laisser tes émotions décider de tout.

Accueillir signifie commencer par arrêter de nier la réalité intérieure du moment.

« Voilà ce que je ressens aujourd’hui. Maintenant, comment puis-je prendre soin de moi et agir de manière cohérente avec mes valeurs ? »

C’est très différent.

7. Gérer ses émotions, c’est apprendre à faire avec elles

On imagine parfois que maîtriser ses émotions signifie parvenir à ne plus ressentir de tristesse, de peur ou de colère.

Mais gérer ses émotions ne signifie pas les supprimer.

Cela signifie apprendre progressivement à :

reconnaître ce que tu ressens,

comprendre ce qui se passe en toi,

identifier ce qui déclenche certaines réactions,

faire preuve de compassion envers toi-même,

et choisir ensuite la manière dont tu souhaites agir.

C’est une compétence.

Et comme toute compétence, elle s’apprend.

Lorsque quelqu’un que tu aimes traverse un divorce, un deuil ou une période particulièrement difficile, tu ne lui dis probablement pas :

« Bon, tu as été triste trois jours, maintenant ça suffit. »

Tu lui laisses du temps.

Tu essaies de comprendre.

Tu écoutes.

Tu soutiens.

Tu fais preuve de compassion.

Alors pose-toi cette question :

Pourquoi est-ce si difficile de t’accorder à toi-même ce que tu offrirais spontanément à quelqu’un que tu aimes ?

Se traiter en première classe, c’est aussi cela.

Ce n’est pas satisfaire tous ses désirs ou se complaire dans son mal-être.

C’est développer une relation avec soi dans laquelle la difficulté n’entraîne pas automatiquement davantage de violence intérieure.

Tu souffres déjà : n’ajoute pas une guerre intérieure à ta douleur

La douleur fait partie de l’expérience humaine.

Nous connaîtrons toutes, à différents moments de notre vie, la déception, la peur, la tristesse, la colère, le manque, l’échec ou l’incertitude.

L’objectif n’est donc pas de devenir une femme qui ne ressent plus rien.

L’objectif est d’apprendre à ne pas transformer systématiquement une émotion douloureuse en guerre contre soi-même.

Alors, la prochaine fois que tu te diras :

« Je souffre émotionnellement », pose-toi une deuxième question :

« Qu’est-ce qui me fait souffrir actuellement : uniquement ce que je traverse, ou également la manière dont je me traite parce que je le traverse ? »

Observe ensuite tes mécanismes.

Est-ce que tu nies ?

« Ce n’est rien. »

Est-ce que tu fuis ?

« Je vais penser à autre chose. »

Ou est-ce que tu te juges ?

« Je ne devrais pas ressentir ça. »

Puis essaie progressivement de remplacer cette lutte par quelque chose de plus constructif :

« Ce que je ressens est là. Je peux chercher à le comprendre sans me juger. Et je peux apprendre à le traverser sans me faire encore plus de mal. »

Parce que se traiter en première classe, ce n’est pas vivre une vie sans douleur.

C’est aussi apprendre à ne pas devenir une source supplémentaire de souffrance pour soi-même.

Alors, dis-nous ton avis en commentaire : avais-tu déjà conscience de cette différence entre douleur émotionnelle et souffrance émotionnelle ?

Et lorsque tu traverses une émotion difficile, quel est ton réflexe : la nier, la fuir ou te juger ?